Mardi 04 octobre, je suis allée à la dernière avant-première du film « Le ciel attendra » de Marie-Castille Mention Schaar, à Paris.

J’étais avec un ami, et quand on s’est fait fouiller à l’entrée du ciné, on a tout de suite pensé au terrorisme et on s’est dit : « Saperlipopette* !  (*Non, il n’y a pas que Hugh Grant dans Notting Hill qui sorte encore ce mot !) si un fou extrémiste rentre voir ce film, on est tous mort ! »  Alors oui, on a beau dire qu’on n’a pas peur, que la vie continue, qu’on ne va pas arrêter de s’amuser, d’aller boire un verre à une terrasse, de faire nos courses au supermarché, d’aller danser… on a beau dire qu’on crache sur leurs idées et sur leurs actes barbare d’extrémistes, on n’en est pas moins vulnérables et trouillards quand la menace se fait sentir !

 

Et quand on est amené à aller voir un film, qui parle de la manipulation et de l’embrigadement, à Chatelet-Les-Halles (un des plus grands centres de cinéma de Paris) où, bien évidemment, on est tous censés ouvrir nos sacs devant un des gardes posté à chaque entrée, on ne peut pas s’empêcher de penser que le terrorisme est bel et bien à nos portes…

Entre nous, ce mardi-là, quand je me suis engouffrée dans le sous-sol, le garde a brièvement regardé mon sac, il ne m’a pas demandé d’ouvrir mon long manteau (qui aurait pu cacher une ceinture d’explosifs, et la fille qui est passée avant moi avait un sac à roulettes comme ceux des petites vieilles qui vont au marché le dimanche matin (excusez le cliché) mais le gardien l’a laissé entrer, ni vu ni connu… Donc la sécurité, d’accord-d’accord mais bof-bof  !!

 

Bref, on se pose dans la salle déjà presque pleine, le film commence, je ne vais pas vous le raconter parce que j’espère bien que vous irez le voir.

Voici juste un mini-résumé : deux jeunes filles; Mélanie et Sonia, basculent dans le fanatisme, leurs parents doivent combattre le processus de l’embrigadement par « les soldats Daesh », -je les appelle comme ça, mais on les nomme « Les princes » – ainsi que le « désembrigadement » avec l’aide de l’incroyable Dounia Bouzar.

 

Dounia n’est pas un personnage de fiction, c’est la vraie directrice d’un centre de prévention qui se bat contre les dérives sectaires liées à l’Islam. Cette femme est juste magnifique, on n’a qu’une envie, c’est de la remercier de se battre ainsi tous les jours et d’avoir autant d’amour à offrir à toutes ces âmes perdues.

 

On peut dire que Marie-Castille, la réalisatrice, a réussi à traiter une partie du sujet avec justesse et intelligence. Ça n’a pas dû être facile et elle au moins, elle n’a pas basculé dans les clichés…

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Quant aux acteurs, ils étaient simplement plus vrais que nature et sincères, tant les pères bouleversés et « gauches » (Yvan Attal et Zinedine Soualem) que les mères dévastées mais fortes coûte que coûte (Clotilde Courau et Sandrine Bonnaire). J’ai particulièrement apprécié les jeunes actrices (Noémie Merlant et Naomi Amarger ) : FORMIDABLES.

Le ciel attendra

Après la projection, et comme souvent dans les avant-premières, on a eu le droit de rencontrer l’équipe du film et de « discuter avec eux », ça nous a ouvert les yeux.

Moi aussi, je me suis posé de nombreuses questions sur ce sujet, souvent des milliers d’idées reçues/ préconçues sont venues bousculer mon esprit, je me disais que ces jeunes filles devaient être complètement débiles pour ne pas voir arriver le « monstre » par internet, pour partir en Syrie, là où – tout le monde est sensé le savoir- le chaos et la guerre règnent…

Je me disais qu’elles devaient provenir de milieux sociaux défavorisés, je pensais qu’elles devaient être déjà dans une certaine « haine de la société européenne capitaliste ».

Je ne comprenais pas, c’était plus fort que moi, je les trouvais vraiment trop « biesses », bref, je ne vais pas vous mentir, vous dire que j’étais superbement renseignée sur le sujet, non, que du contraire, j’étais pleine d’a priori. Bien sûr je n’ai jamais fait d’amalgame Islam et terrorisme, ça n’a strictement rien à voir, c’est comme si on disait que tous les WASP (protestants blancs d’Amérique) faisaient partie du Ku Klux Klan…

 

Ce long-métrage m’a aidée à ne pas juger, à comprendre, ce film m’a ouvert l’esprit, et je me suis dis : « Merde, ça aurait pu peut-être m’arriver à moi aussi, ça pourrait arriver à mes cousines ou à mes proches ». Et oui, on est égoïste, on pense toujours à soi en premier, mais si ça touchait quelqu’un de mon entourage, j’en serai sûrement détruite. Quelle souffrance de perdre un enfant, de le laisser dire des phrases comme : « La mort à nos yeux a plus de valeur que la vie. »… de les perdre et le pire, de ne pas s’en apercevoir… On prévient les plus jeunes, on les met en garde : « Ne parle pas aux inconnus, ne monte pas dans la voiture de quelqu’un que tu ne connais pas, n’accepte pas les bonbons ou les cadeaux, n’ajoute pas m’importe qui sur Facebook. » et ainsi de suite …  ce qui revient souvent dans la bouche des parents, c’est le « on n’a rien vu venir … »

Alors oui, les ados, ils cachent bien leur jeu, ce sont de bons comédiens, et ce film aide à y voir plus clair et à réagir.

Ma mère me disait toujours :« Méfie-toi des dogmes… » Et encore une fois, je lui donne raison… (et ça m’énerve !)

 

Voilà, je prends ma part de responsabilité, et pour une fois, au lieu de vouloir devenir une actrice tout court, je deviens une « actrice de la prévention ».

 

J’ai vu l’année passée un film qui m’a beaucoup touché « Les Cowboys » de Thomas Bidegain. Il parle d’un père (François Damiens) qui passe sa vie à la recherche de sa fille qui a « disparu » mais en réalité qui a été embrigadée, elle aussi.

 

Deux films magnifiques à voir absolument.