CHRONIQUES « Des jours entiers, des nuits entières » de Xavier Durringer.

 

 

J’ai rencontré l’amour, je suis tombée dessus par hasard. Il était là tranquille, y savait pas. Je l’ai regardé et j’ai pensé, c’est le dernier instant, c’est sa dernière heure d’homme seul, ce soir, on sera deux. Je l’ai regardé vivre sa dernière heure, il fumait cigarette sur cigarette, l’air absent, il me voyait pas, il me devinait même pas; il était là fumant cigarette sur cigarette. Y ressemblait pas du tout à ce que j’avais imaginé avant, y ressemblait pas du tout à un prince charmant ou d’autres conneries comme les mecs au cinéma, non, y ressemblait plutôt à… Rien. Je l’ai regardé et je savais, et ça me faisait sourire de le savoir avant lui. J’ai pensé, il faudra qu’il arrête de fumer, il se fait du mal à fumer trop, j’ai bien senti avant même de lui parler que je pourrais être chiante avec lui, me disputer, me frapper. Je l’ai trouvé par hasard, ça aurait pu être quelqu’un d’autre, il était là, tout seul, perdu dans ses pensées, ses doigts jaunis. Il savait pas qu’il était en train de vivre sa dernière heure d’homme seul et moi ma dernière heure de femme libre.

 

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