« Clôture de l’amour » de Pascal Rambert.

 

Je n’ai plus de désir pour toi

Je ne peux pas le dire autrement

Je te regarde et je n’ai plus de désir

ta peau ces attaches ces doigts cette bouche ces yeux

tes seins ton ventre où ok je me suis installé oui c’est vrai où j’avais élu domicile où je disais ici c’est chez moi moi j’habite ici

tes manières d’oiseau

tes gestes

ta voix ce son incroyable où vivait l’incrédulité la surprise devant les choses

le doute l’analyse pertinente immédiate qui faisait dire elle a raison

ton jugement drôle sur notre travail

ta vision acide en tout temps lieu

tout cela cette secte aujourd’hui j’en sors

j’en sors

l’amour est une secte

soudain le monde s’ouvre et ce soudain c’est aujourd’hui

ce n’est pas drôle

ce n’est pas marrant

c’est déclaré

c’est sans doute dégueulasse

c’est dégueulasse

on ne devrait pas en être fier

je n’en suis pas fier

mais tu ne me fais plus rien

vois-tu je te regarde et je ne ressens plus rien

je vois tes larmes couler et cela ne me fait rien

en un autre temps je me serais précipité contre toi

je t’aurais saisie

j’aurais saisi taille et bouche

et je t’aurais serrée le monde était simple et ta douleur dans ta poitrine un coup de hache dans la mienne mais aujourd’hui ce spectacle notre spectacle mon corps le refuse

rien ne bouge

je reste en place

je ne vole pas à ton secours

quelque chose s’est envolé emportant avec lui le léger de toi et moi

me laissant le lourd des pains de plomb dans mon corps

(…)