« Je n’ai aucune idée sur Hitler. » de Karl Kraus.

 

« Un Juif, qui ne demandait rien à personne, nourrit ses cinq enfants en faisant commerce de vieilles fripes. Des SA arrivent chez lui et exigent cinq cents marks. Il ne peut les donner parce qu’il ne les a pas; il n’a d’ailleurs jamais vu autant d’argent de sa vie. Ils le frappent jusqu’à ce qu’il s’effondre en gémissant. Il finit par dire dans un râle: « Dans la commode, il y a trente marks pour le loyer. » Ils prennent l’argent. Puis ils lui font absorber un litre entier d’huile de ricin, le mettent dans un sac de jute qu’ils nouent autour de son cou et le traînent dans la cave. L’huile fait son effet et l’homme passe quatre jours à mariner dans ses excréments et dans l’urine. On finit par entendre ses cris depuis la rue. Un charcutier vient le délivrer. Lorsque la victime sort de la baignoire, son corps est rongé par la saleté, comme s’il avait passé des heures attaché sur une fourmilière. »

Un cas parmi des milliers où ce n’est pas un charcutier mais la police européenne qui aurait dû intervenir. Un cas parmi des milliers où ce n’est pas seulement la salle en train d’écouter ces dires mais l’humanité entière, toutes races et religions confondues, qui devrait se mettre à hurler son dégoût.

Mais les autres n’y croient pas et ceux qui croient la chose possible se tranquillisent en écoutant les explications du président d’honneur des Juifs nationaux-allemands disant qu’il s’agit d’un différend entre certains individus et un simple fripier et qu’il a été réglé à leur façon.

Il y a une chose pire que le meurtre, c’est le meurtre avec mensonge; et le pire de tout, c’est le mensonge de celui qui sait: prétexte d’une incrédulité qui ne veut pas croire au forfait mais croire le mensonge; docilité de celui qui se fait aussi bête que le veut la violence.

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