« L’inattendu. » de Fabrice Melquiot.

 

LIANE: Au début j’ai failli, je me suis dit que t’étais mort noyé, que j’étais veuve, que tout en noir faudrait que je m’habille, puis je me suis dit bien réfléchi: je ne porterai jamais un nom d’araignée.

Au début oui, j’ai eu des fièvres carabinées, voulu mourir avec des fièvres de cheval, je ne me lavais plus que dalle, je sentais le cheval abandonné, mais tu parles j’ai une tête de mule.

Ma tête je l’ai tapée fort dans les murs.

Je me suis abîmée.

Va te faire foutre j’ai dit, si t’es mort je suis une araignée.

(…)

Comme en prison compter les jours.

Un an, trois mois.

Tu ne viens pas.

Pas un flacon en trois mois.

Mon rôdeur mon coyote je campe dans le désert.

Je ne me lave plus les oreilles ça t’apprendra.

Tu as trouvé un job quelque part, allumeur de lune, lanceur d’étoile filantes, éleveur de couguars, un job hors du commun.

Je sors de moins en moins.

Pas la tête à flâner.

J’ai failli croire à Jésus.

Mais je suis là clouée, pas bouger rester sage, crever puisqu’il s’agit de ça crever les oreilles sales, la peau noire de ma crasse, va te faire foutre, j’aime être dégueulasse j’ai personne à qui plaire.

(…)