« Mon père m’a donné un mari. » d’Emmanuelle Bayamack-Tam.

 

 

LA MERE: (…) Et tu as toujours été très sensible aux odeurs. Ca risque d’être un problème si tu veux absolument avoir une vie sexuelle.

LE PERE: Parce que le sexe, ça sent.

ALEXANDRINE: Ca sent quoi? Pourquoi personne ne m’a jamais prévenue?

LE PERE: Parce que personne à part moi ne s’est réellement soucié de faire ton éducation sexuelle. Elle ne t’a pas dit ça, hein, ton intervenante spécialisée, que les chattes, même bien récurées, ça sentait abominablement le poisson?

ALEXANDRINE: Je peux supporter l’odeur de ma chatte, j’y suis habituée, aucun problème.

LA MERE: L’amour, ça sent la transpiration, l’urine, le sperme, la mouille – parfois la merde et le sang aussi. Mais ça ne doit pas te faire peur, Alexandrine. Parce que si tu aimes baiser, tu aimeras toutes les odeurs qui se dégagent d’une bonne séance de baise.

LE PERE: Parle pour toi. Personnellement, j’ai toujours détesté.

LA MERE: Et moi, j’ai toujours su que tu n’aimais pas baiser. Je me tue à te le dire depuis des années, mais tu préfères croire que c’est affaire de circonstances. A quand remonte ta dernière érection?

LE PERE: Avec une fille jolie et entreprenante, je bande comme un âne.

LA MERE: Oui, je sais: tu me l’a déjà dit. Tandis que moi, tu vois, je n’attends pas que les conditions soient réunies pour désirer, pour mouiller et pour jouir.

On entend « Que reste-t-il de nos amours? »

LA MERE: Ce qu’il reste de nos amours, nous l’avons là, sous les yeux: une très jolie fille, un peu désaxée, qui attend que ses parents prennent en main sa vie sexuelle, ce qui est probablement pour elle la seule façon d’en avoir une, alors ne mélangeons pas notre peine, s’il te plaît, et trouvons-lui le mec qu’elle réclame.