« Au Monde. » de Joel Pommerat.

 

Soir. Grande table. Nappe blanche. La plus jeune des filles est assise à la place du père. Debout à côté d’elle, le père la regarde, ému, et lui caresse doucement les cheveux.

LA PLUS JEUNE: Vous êtes tellement vieux, excusez-moi, mais dans ma bouche ce mot est un compliment vraiment. Vieux comme on le dit d’un arbre, ce qui signifie le respect qu’on doit à la force de l’expérience. Vieux comme on le dit d’un vin noble, comme ce qui est rare et bon… Excusez-moi mais vous êtes non seulement vieux mais même très vieux, et cela fait grossir encore mon admiration pour vous… Vous êtes vieux comme ces vieux objets familiers qui n’ont pas de prix parce qu’ils sont usés, mémoire de tous les instants de notre vie, donc chers à nos yeux et d’une valeur inestimable. Vieux comme toutes ces vieilles choses, les seules qui sont belles, qui ont éprouvé le temps qui passe, qui ont imprégné la vie en eux, j’aime la vie et c’est pourquoi j’aime tout ce qui a été imprégné par le temps, le temps qui est la forme la plus concrète de notre existence.

LE PERE: Elle parle bien cette enfant.

LA PLUS JEUNE: Elle a souffert, c’est pour cela. Ca aide à comprendre la vie.

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